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70 La comtesse DARIA PETROWNA SALTYKOFF, 1739 —1802, etait l’amce des trois filles du comte Pierre Tchernycheff (1712 —1773), ministre de Russie a Copenhague, Berlin et Londres, ambassadeur a Paris, marie a Catherine Ouchakoff, fille du fameux chef de la chancellerie secrete de Biron. Nee en 1739, la comtesse Daria Petrowna passa sa premiere jeunesse a l’etranger et y recut une brillante education qui la mit, ainsi que sa s?ur,, la princesse Natalie Golitzine, connue dans le monde sous le sobriquet de „Princesse Moustache“, au nombre des femmes les plus instruites de la Cour de Catherine II. Par son mariage avec le comte Ivan Petrowitch Saltykoff, la comtesse Daria Petrowna acquit une position elevee dans le monde. Femme d’une grande vertu, tres superieure a son mari par son intelligence et ses qualites morales, elle n’ignorait pas les faiblesses de son epoux. De son cote, il lui etait profondement attache et sa mort le laissa inconsolable. Elle s’occupa elle-meme de l’education de son fils unique, le comte Pierre, et de ses filles, et sut leur inculquer les principes de haute moralite qui la guidaient elle-meme. L’ainee de ses filles, Prascovie, epousa le senateur P. W. Miatleff, et la plus jeune, Anne, le comte G. Y. Orloff; la cadette, Elisabeth, resta demoiselle. La comtesse Saltykoff mourut en 1802 d’un derangement d’estomac, a la station de Khotilovo, pres de Moscou, en revenant avec son mari d’un voyage a Petersbourg. La comtesse Daria Petrowna Saltykoff etait une personnalite marquante dans la haute societe russe de son temps. Grande de taille, d’allure imposante et de manieres un peu viriles, elle rappelait par son aspect majestueux l’imperatrice Catherine. D’aucuns lui reprochaient sa hauteur, prenant pour de la morgue le mutisme qu’elle gardait souvent dans une societe nombreuse; mais cette reserve s’explique aisement par le fait qu’elevee a l’etranger, elle ne possedait pas a fond la langue russe, que le francais n’avait pas supplantee encore dans les salons. Elle reunissait en elle, comme l’a justement observe un chroniqueur du temps, la gravite innee des epouses d’anciens boyards russes a la grace et l’elegance des femmes de Versailles. La comtesse Saltykoff jouissait d’une grande consideration dans le monde et a la Cour et etait connue pour l’independance de ses actions et ses jugements parfois un peu brusques. Le 2 septembre 1793, a l’occasion de la signature de la paix avec la Turquie apres une guerre ou son mari s’etait distingue, la comtesse Saltykoff fut nommee dame «l’honneur; au couronnement de Paul, elle se vit conferer la croix de l’ordre de Ste-Catherine de lre classe. A l’epoque ou I. P. Saltykoff etait general-gouverneur de Moscou, sa maison de Moscou offrait l’image d’une petite cour. La comtesse eut de grandes bontes pour Mme Yigee Lebrun, la celebre portraitiste, et, pendant son sejour a Moscou, lui procura de nombreuses commandes, lui fit faire les portraits de scs filles, s’interessant a ses travaux et venant la voir dans son atelier. La comtesse Saltykoff passait les etes aux enviions de Moscou dans la campagne de Marfmo, domaine seigneurial des Saltykoff, qui devenait alors le rendez-vous de toutes les elegances. Les fetes qu’elle y donnait ne le cedaient en rien a ses bals de Moscou. On y jouait souvent la comedie, en plein air ou dans un theatre erige dans le jardin. A ces spectacles de societe on representait des comedies de Marivaux, voire meme des operas, russes et francais. A l’un de ces spectacles fut donnee une piece ecrite pour la circonstance par le celebre historien russe Karamzine, qui assista a la representation. (D’apres une miniature de l’Ermitage Imperial.)