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21 DENIS DIDEROT, 1713—1784, ne a Langres. etait ills d’un coutelier. Son pere le mit d’abord chez les Jesuites, puis le fit entrer dans un college de Paris, et plus tard, comme il ne voulait pas se choisir de position fixe, le laissa sans subsides: il dut vivre de lecons, de traductions et des sermons que lui commandaient des pretres sans instruction. En meme temps, il se mit de bonne heure a s’occuper de science et de philosophie; la frequentation des philosophes, Rousseau, d’Alembert et autres, completa son education et son instruction, et il compta bientot au nombre des representants de la philosophie du XYIII® siecle. Penseur eminent, il enseignait que la nature humaine est bonne en elle-meme et que le mal est une consequence de la mauvaise instruction et des mauvaises institutions. Sa doctrine eveilla l’interet pour l’Etat, la legislation et la vie sociale. Ses ouvrages d’histoire naturelle renferment des allusions et des pressentiments au sujet de verites aujourd’hui justifiees et admises dans la science. Mais le grand merite de Diderot, c’est la publication de l’Encyclopedie qui attacha son nom a toute une periode du developpement de la pensee humaine. Convaincu que toutes les connaissances humaines forment, un ensemble organique, il concut l’idee de les rassembler en un ouvrage unique. Pour realiser ce projet, il fit appel aux premiers libraires de Paris et к nombre de personnalites marquantes parmi Jes penseurs, les savants et les artistes francais. En raison de la variete de ses connaissances, lui-meme etait le mieux qualifie pour un travail de rassemblement et de centralisation, et fut l’ame de la publication. Le premier volume parut en 1750 et souleva, ainsi que les six suivants, la fureur de la reaction, et de la superstition: la vente en fut interdite et l’impression suspendue. Neanmoins, le 28® et dernier volume parut en 17 72. L’ouvrage fit une grande impression sur Catherine II: elle le lisait et l’avait toujours sous la main, tantot pour y puiser des sujets de pieces de theatre, tantot pour y chercher des mots. Ce fut l’Encyclopedie qui lui fit connaitre Diderot. Desireuse de lui venir en aide, elle lui acheta, en 1765, sa bibliotheque, mais en lui en laissant la jouissance sa vie durant, et l’en nomma bibliothecaire a son service avec des appointements de mille francs par an, qu’elle lui paya pour cinquante ans d’avance. Diderot s’efforca de toute maniere de reconnaitre ces bienfaits: il recommanda a l’imperatrice des artistes comme Falconet, acquit des tableaux et des gravures pour l’Ermitage, lui prodigua les louanges dans ses ecrits. Il se lia etroitement avec quelques russes, la princesse Dachkoff, le prince D- Golitzyne, et fit en 1773 un voyage en Russie: neuf jours seulement apres son avenement, Catherine l’avait invite a venir a Petersbourg pour terminer l’Encyclopedie, et il avait refuse. L’invitation fut renouvelee en 1767. et. six ans plus tard, i] se decida enfin, pour remercier en personne la Souveraine de ses genereuses faveurs et faire connaissance sur place avec la vie russe. Catherine le recut avec empressement et se chargea de toutes les depenses de son sejour. Leurs longs, et frequents entretiens portaient sur les sujets les plus varies, politique exterieure, droit de servage, agriculture, pedagogie. Pourtant Diderot etait venu trop tard en Russie: Catherine admirait la profondeur de son savoir et la hardiesse de son esprit, se passionnait pour ses conversations, voulut meme le faire rester pres d’elle, mais elle etait peu disposee a suivre ses indications et le trouvait „sans experience politique“- De son cote, il lui temoignait un enthousiasme sincere et ecrivait: „Quelle Souveraine! Quelle extraordinaire femme!___ C’est l’ame de Brutus sous la figure de Cleopatre; la fermete de l’un et les seductions de l’autre; une tenue incroyable dans les idees avec toute la grace et la legerete possibles de l’expression; un amour de la verite porte aussi loin qu’il est possible; la connaissance parfaite des affaires de son empire“. Il finit par avoir pour la vie russe les yeux de Catherine et dit en toute sincerite: „J’avais l’ame d’un esclave dans le pays qu’on appelle des hommes libres, et je me suis trouve l’ame d’un homme libre dans le pays qu’on appelle des esclaves“, tout en trouvant que „sous une latitude de 60° se fletrissent les idees qui fleurissent a 48°“- Diderot resta cinq mois a Petersbourg et rentra a Paris a l’automne de 1774. Brillant et incomparable dans la conversation, Diderot etait un homme d’une haute humanite, d’une bonte, d’une benignite et d’une · generosite de c?ur remarquables. Son talent etonnant et la variete de ses connaissances lui avaient valu une des places les plus marquantes dans les salons de Paris. Il mourut a Paris le 20 juillet 1784. (D’apres l’original de Levitzky, Bibliotheque Publique de Geneve.)