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70 Le prince ALEXANDRE K.ONST ANTINO WITCH YPSILANTI, 1792 —1828. appartenait a une noble famille grecque et etait ills du hospodar de Valachie Constantin et de sa seconde femme Elisabeth Yacaresco. Brillamment doue, il recut une instruction superficielle, car „il apportait aux travaux intellectuels une legerete et une paresse qui l’empecherent de developper les precieux dons qu’il tenait de la nature“. En 1808, il fut enrole comme cornette au regiment des Chevaliers-Gardes, en 1810 fut promu lieutenant, en 1812 capitaine en second de cavalerie, en 1813 capitaine en premier, puis passa colonel aux hussards de Grodno. Il fut avec le corps Wittgenstein de beaucoup de batailles des campagnes de 1812 et 1815 et fit preuve „d’une bravoure poussee parfois jusqu’a la temerite“: il y gagna St-Yladimir de 4 e classe, Ste-Anne de 2e classe, une epee d’or et le grade de colonel, apres avoir eu le bras droit enleve par un boulet sous Dresde. Il souffrit longtemps de sa blessure, qu’il alla soigner a l’etranger- A cette epoque, Alexandre Ier ne menagea pas sa faveur au jeune invalide: le 1er janvier 1816, il fut fait aide de camp de Sa Majeste, et en 1817, nomme general major et commandant de brigade a la lre division de hussards. Plus tard, Ypsilanti perdit la faveur du Souverain : nature ardente et enthousiaste, il se fit d’abord franc-macon, puis entra dans l’Hetairie qui avait pour but l’affranchissement de la Grece, sa patrie, dont la liberte lui semblait „un reve radieux“. D’une legerete et d’une ambition extremes, il ne doutait nullement de l’appui de la Russie et se donna le titre de „general-ephore“ et „bienfaiteur“ de l’Hetairie. sans vouloir compter avec le jeu des relations politiques de l’Europe du temps, que comprenait si bien un autre Grec de talent, le comte Capo d’Istria. Ypsilanti n’etait pas homme a attendre: il partit pour le Midi et, au commencement de 1821, fomenta un soulevement dans les principautes danubiennes; il avait lance un manifeste pompeux, dont les imprudentes allusions a l’appui d’une „puissance forte“ compromettaient le gouvernement russe, qui dut des lors se desinteresser de l’affaire. Malgre ses sympathies personnelles, Alexandre Ier faisait alors partie de la Sainte Alliance: mais Pouchkine, qui ne voyait pas les considerations pratiques, ecrivait: „Le premier pas d’Ypsilanti est beau et magnifique! L’heureux debut! Vingt-huit ans, un bras de moins, un but magnanime: il appartient dorenavant 'a l’histoire“. Au congres de Laybach, la question de l’appui de la Russie fut resolue negativement, et le 9 mars 1821, Ypsilanti fut, ainsi que ses freres, raye du service et banni du territoire russe. La realisation pratique de ses vues fut loin de l’ideal: il s’etait entoure de parents et de flatteurs, rebutant tout le monde par son arrogance et prenant avec les boyards une attitude humiliante; a l’armee regnaient l’incapacite, la desorganisation, l’indecision dans les mouvements. Enfin la malediction lancee par le patriarche detacha de lui le peuple, qu’il avait dej'a indispose maintes fois, comme en installant un theatre dans un monastere ruine. Les Turcs remportaient des victoires et les Iletairistes entrerent en negociations pour livrer Ypsilanti meme. Apres la defaite definitive des Grecs pres de Dragatchane, il resolut de se refugier en Amerique: il abandonna les debris de ses troupes, et, sous le nom de Demetre Paleogenide, passa avec l’agrement des autorites la frontiere autrichienne, n^iis fut ensuite arrete ainsi que ses freres et interne a la citadelle de Munkacs „comme prevenu politique“. Au milieu de toute espece de vexations, apres avoir ete malade tout l’hiver 1822—1825, il fut transfere l’ete suivant en Boheme a la citadelle de Theresienstadt, et on lui refusa meme l’autorisation d’aller pour sa sante a T?plitz ou a Marienbad. Ce ne fut qu’en novembre 1827, et grace a l’Empereur Nicolas Ier qu’il avait sollicite lui-meme, qu’il fut rendu a la liberte. Il voulait aller habiter Venise, mais la maladie l’empecha d’aller plus loin que Vienne, ou il succomba a la rupture d’un anevrisme le 19 janvier 1828. (D’apres une miniature du Musee Historique de Moscou.)