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62 ELISABETH PETROWNA DIYOFF. 1762 —1815, etait fille du comte Pierre-Jonas Alexandrowitch Boutourline et de la comtesse Marie Romanovna, nee comtesse Worontzoff, s?ur ainee de la princesse Dachkoff et connue pour sa beaute et ses aventures a l’etranger. C’est sans doute de sa mere que la comtesse Elisabeth tenait sinon son exterieur peu avantageux, du moins son naturel enthousiaste et ardent, sa legerete et son amour de la vie aventureuse. Demoiselle d’honneur de Catherine II, elle prit, en 1784, un mari beaucoup plus Age qu’elle, Adrien Ivanowitch Divoff (j- 1814), ancien cornette de la Garde a cheval et plus tard conseiller prive. Elle fut, la meme annee, impliquee, ainsi que son frere et quelques autres encore, dans une affaire de satire et de caricatures contre un certain nombre de personnes de la Cour et ou l’imperatrice meme n’etait pas epargnee: les Divoff et Boutourline durent quitter pour quelque temps la capitale, et une demoiselle d’honneur, Mlle Elmpt, fut meme fouettee. En 1792, Mme Divoff partit pour Stockholm avec son mari, charge de feliciter Gustave IY a l’occasion de son avenement, et on causa beaucoup a Petersbourg de ses intrigues a la Cour de Suede, ou elle mit a profit son influence sur le regent, Duc de Sudermanie, qui s’etait epris d’elle, pour s’efforcer de faire nommer son mari ambassadeur. De retour a Petersbourg, elle ouvrit toutes grandes aux emigres francais les portes de sa maison de la Millionnaia, et son salon hospitalier fut appele Le Petit Coblence. Elle se prit a cette epoque d’une vive passion pour le celebre tenor Mandini, et fut des grandes dames ses admiratrices qui allerent aux soirees de sa femme, une ancienne demi-mondaine, ou lui ne craignait pas de paraitre en robe de chambre. En 1798, „pour raisons de sante“, elle partit pour l’etranger avec son mari; ils habiterent Yienne, Berlin, les villes d’eaux et, en 1801, se fixerent 'a Paris, aux Champs-Elysees. Enchantee de la vie a l’etranger et depensant beaucoup d’argent, Mme Divoff eut une place marquante dans la societe melangee du premier Empire, fit successivement connaissance avec Mmes Talleyrand, Junot et Recamier et n’eut pas de peine a s’introduire a la Cour du Premier Consul; elle se lia d’amitie avec l’imperatrice Josephine et devint une habituee de la Malmaison. A Paris, des bruits etranges couraient sur le compte des Divoff: on pretendait que la police leur avait afferme une maison de jeu qui leur rapportait jusqu’a cinq cents francs par jour et qu’ils faisaient de la contrebande avec la Russie. Au moment de la Guerre Patriotique, ils rentrerent en Russie, se fixerent a Moscou dans leur maison de la Grande Dmitrovka, et passerent l’ete aux environs, dans leur propriete de Sokolovo. Ils avaient rapporte toutes les habitudes en vogue a Paris: ainsi, ils recevaient leurs visites du matin au lit ensemble, en grands bonnets de nuit a rubans roses. Avant la reddition de Moscou, ils se refugierent a Nijny-Novgorod; l'a, Mme Divoff tomba malade et fut frappee d’alienation mentale, en partie faute de nouvelles de son fils prefere Coco, qui etait a la guerre. Ramenee a Moscou avec le docteur Moudroff, que, dans leur attachement pour leurs maitres ruines, les paysans des Divoff lui avaient envoye a leurs frais, elle mourut au printemps de 1815 et fut inhumee, ainsi que son mari, a Sokolovo. Elle laissait trois fils, Pierre, Nicolas et Alexandre. La devise donnee a Mme Divoff par le tenor Mandini, et dont elle etait tres fiere, Sempre pazza (Toujours folle), convenait on ne peut mieux a sa personnalite originale. Ecervelee et extravagante, tres mondaine et grande intrigante, elle etait d’une excentricite et d’un emportement extremes: dans un acces de colere, elle se laissa entrainer a lancer a son plus jeune fils, qu’elle detestait, le reproche de son illegitimite; l’effet produit fut tel, qu’il se retira du monde et se convertit au catholicisme. Elle avait tenu a l’etranger un curieux Journal, qui n’a malheureusement pas encore ete publie, et ou elle donne en quelques lignes une esquisse bien nette de sa philosophie personnelle: „Beaucoup d’argent“, ecrit-elle avec desinvolture, ,,une bonne dose de sante, la tete froide, le c?ur moins sensible que nous ne l’avons, pauvres mortels, un tant soit peu d’egoisme, un peu de la legerete francaise dans le caractere, avec tout cela il faudrait pouvoir ne jamais quitter Paris, et alors, a mon avis, le bonheur parfait existerait sur terre!“ (D’apres une miniature appartenant au prince A. K.ourakine, St-Petersbourg.)