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168 Le comte ALEXANDRE FEODORO WITCH LANGERON, 1763—1851, originaire tl’une famille de la meilleure noblesse, naquit a Paris le 15 janvier 1765, et fut enrole a l’age de 17 ans au regiment du comte de Damas. En 1782, il alla en Amerique a l’armee de Rochambeau, avec laquelle il combattit les Anglais. Admis le 7 mai 1790 au service russe, il fut fait colonel des grenadiers de Siberie. La guerre de Suede, ou il commanda une division de la flottille a rames, lui valut St-Georges de 4e classe, qu’il recut des propres mains de l’imperatrice. Il fut ensuite a l’assaut d’Izmail et a la bataille de Matchine, et gagna une epee d’or. Entre en 1791 au corps des emigres francais, il prit part a tous les combats livres aux troupes republicaines, puis rentra en Russie en 1795. Brigadier en 1796, general major en 1797, general lieutenant en 1798, decore de Ste-Anne de lr® classe en 1799, il fut, du 12 aout 1800 a 1805, inspecteur de l’infanterie de la circonscription de Brest, et Paul Ier, de la faveur duquel il jouissait, et qui etait en correspondance personnelle avec lui, le fit comte de l’Empire Russe et commandeur de l’ordre de Malte. Dans la campagne de 1805, Alexandre Ier, mecontent de ses operations a Austerlitz, ou sa colonne fut taillee en pieces, lui fit donner sa demission, mais le reprit bientot au service. En 1809, il fut nomme commandant en chef des reserves de l’armee de Moldavie, decore de St-Yladimir de 2e classe, et prit en septembre le commandement du corps de Miloradowitch ; l’annee suivante, la prise de Rouchtchouk lui valut St-Georges de 3e classe et l’etoile d’Alexandre Newsky. En 1811, il commanda l’armee de Moldavie en attendant l’arrivee de Koutouzoff, qui le mit ensuite a la tete du centre: la campagne de Turquie lui rapporta le grade de general d’infanterie et St-Yladimir de lre classe. Pendant la Guerre Patriotique, il eut sous ses ordres un corps de l’armee de TchitchagolT; il fit ensuite les campagnes de 1815 et 1814, et recut a Paris des propres mains d’Alexandre Ier l’etoile de St-Andre. De retour en Russie apres la guerre, il devint, a la fin de 1815, gouverneur militaire de Kherson et, en 1822. general gouverneur de la Nouvelle-Russie, mais, des l’annee suivante, il fut mis a la retraite et partit pour l’etranger. En 1826, Nicolas Ier le fit nommer membre de la Haute Cour de justice et lui confera en decembre les insignes en brillants de St-Andre. Attache a l’Empereur pendant la guerre de Turquie de 1828, il quitta le service l’annee suivante pour se fixer a Odessa. Il etait a Petersbourg, lorsqu’il mourut du cholera le 4 juillet 1851. Le comte Langcron fut marie deux fois. Il epousa en premieres noces Natalie Pctrowna, nee princesse Troubetzkoi, veuve du major Kachintzoff, et en secondes noces la fille Elisabeth du colonel Adolphe Brummer dans la suite dame de Ste-Catherine. ,,Je n’ai jamais vu“, dit Wiegel, ,,un beau visage aussi morose que celui de la comtesse Langeron; d’une froideur glaciale, il n’y avait guere personne a qui elle ouvrit la bouche: les formes de la deference lui suffisaient, elle ne demandait rien autre chose“. Langeron n’eut d’enfants d’aucun de ces deux mariages, mais il eut d’Angele Djerjanowska un fils, Theodore Alexandrowitch Andrault, ne a Brest le 16 mars 1804, mort en 1885. ,,Le plus frivole et le plus bavard des fiancais“, homme du moment, caractere faible, Langeron etait admirateur fervent de Louis XYI et des Bourbons; royaliste convaincu, il alla cependant combattre en Amerique dans les rangs de Washington. D’une grande bravoure et d’une distraction invraisemblable, il etait homme, au c?ur de l’action, a oublier qu’il etait au feu. Toujours gai. il aimait faire de l’esprit, et, dans sa conversation serieuse, avec son mauvais russe matine de francais, il laissait echapper des calembours encore plus risibles et mieux reussis. Wiegel donne de lui la caracteristique suivante: „Depuis que le monde est monde, jamais on n’a rien vu de plus inconsistant que le comte Langeron. Bon et honnete homme, brave au combat, beau parleur, francais par excellence, il etait fait pour etre ambassadeur a une cour d’Allemagne ou d’Italie, ou regisseur de quelque theatre de Cour. Jete hors de sa patrie par la vague revolutionnaire, il passa sa vie insouciante et gaie sur la terre etrangere et obtint au service russe jusqu’aux plus hautes distinctions. Presque septuagenaire, il conserva toujours le ton leger de la Cour de Versailles. On avait trouve qu’il ne valait rien comme commandant de corps, et on lui confia l’administration de tout un pays.... La maniere dont les choses marcherent avec lui, il vaut mieux ne pas en parler!“ (D’apres l’original de G. Dawe, Palais d’Hiver. Galerie 1812. )