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96 Le comte SERGE MIKHAILOWITCiI RAMENSKY, 1772—1854, fils du comte Michel Fedotowitch Kamensky, feld-marechal, et d’Anne Pavlowna, nee princesse Chtcherbatoff, prefere de sa mere, avait herite de toutes les mauvaises qualites de son pere, humeur intraitable, bizarrerie, cruaute, perversite, sans avoir aucun des merites ni des talents de son jeune frere Nicolas. Fameux par ses dispositions maladroites et ses operations malheureuses au siege de Rouchtchouk, il etait insignifiant comme homme de guerre, et ne brillait pas non plus par la valeur personnelle: son frere le commandant en chef lui fit transmettre, par le prince S. Wolkonsky, au temoignage de celui-ci, l’ordre ,,de prendre toutes les troupes dont il disposait, sauf deux bataillons affectes a sa garde personnelle, et de s’emparer sans faute d’une redoute encore inoccupee!“ Mis en 1812 en conge illimite, puis, en 1822, a la retraite, il se fixa au bourg de Sabouroff, gouvernement d’Orel, et dans la ville d’Orel. Il avait des bizarreries qui le faisaient sortir du commun. Sa passion etait le theatre qu’il avait organise a Orel, dans une maison de bois de la Rue de la Cathedrale, avec une troupe de serfs: il aurait meme bien voulu acheter le celebre Chtchepkine, mais heureusement il n’y reussit pas. Il surveillait de pres l’execution, notant lui-meme toutes les fautes qu’il remarquait, d’autant plus que les acteurs n’etaient tenus que de savoir parfaitement leur role et de le debiter avec assurance, et qu’il n’y avait pas de souffleur II faisait apporter sur la scene une provision de fouets, et passait dans les coulisses a chaque entr’acte regler leur compte aux maladroits, qu’on entendait crier de la salle. Le theatre comportait un parterre, deux galeries de loges et un paradis. Quelquefois le comte, au lieu de prendre une loge, se mettait au premier rang; derriere lui, au second, sa mere, et derriere, au troisieme, sa maitresse, qui portait sur la poitrine un grand portrait de lui. (Quand il avait quelque grief contre cette maitresse, elle en portait un autre ou il etait represente de dos, et alors, tous les quarts d’heure, une troupe de gens de service venaient lui dire en ch?ur: ,,C’est peche, Akoulina Yassiliewna. d’avoir fache notre bon comte: faites votre priere!“ et elle devait immediatement faire des genuflexions, fut-ce meme la nuit.) Installe a la caisse, il distribuait et vendait les billets lui-meme: souvent, par plaisanterie, on le payait en billon ou en faux assignats, qu’il essayait a son tour de passer a l’officier du piquet de service a la representation. La mise en scene etait somptueuse: celle du Calife de Bagdad couta plus de 50.000 roubles; les domestiques etaient en livrees a collet rouge, bleu ou blanc, selon l’anciennete. La salle etait toujours comble, mais peu brillante: la societe un peu relevee ne venait que ,,pour s’amuser“, le jeu des acteurs etant au-dessous de toute critique. Aux entr’actes, il y avait distribution de confiserie, de pommes confites et d’hydromel. La luxueuse maison du comte n’etait que chaos, desordre et salete: une nuee de domestiques en loques passaient leur temps a se disputer et a s’injurier sans jamais rien faire; dans l’antichambre, une vingtaine de laquais faisaient du tricot en attendant que le maitre demandat son mouchoir ou sa pipe. Il y avait souvent diner a deux heures, mais le service etait decousu et malpropre; a table, le comte aimait causer theatre, mais detestait entendre parler de ses souvenirs militaires ou de son frere, dont il conservait pourtant sous verre les trophees et les insignes avec ceux de son pere le feld-marechal. Comme curiosite de la maison, une horloge speciale, de chez Medox, jouait le De Profundis a 2 h. 11 de l’apres-midi (heure du meurtre du feld-marechal) et une marche triomphale russe a 4 heures (moment de la naissance du comte lui-meme). Kamensky se levait de tres bonne heure, faisait des visites de cinq a sept, puis restait jusqu’a 2 heures a la repetition et a la caisse, et, apres diner, retournait au theatre, ou le spectacle commencait a six heures et demie. Tous les soirs, paraissait un ordre du jour sur les evenements de la journee, les observations de service et les promotions de domestiques d’une livree a l’autre. Le comte Kamensky mourut a Moscou le 8 decembre 1854, sans rien laisser de son immense fortune, engloutie tout entiere par le theatre. Les portraits du comte Kamensky sont rares. Il y en a un au Musee de Rostoff-la-Grande, venu par A. Titoff de la famille Boulatoff, et un autre, une miniature, dans la collection du Grand-Duc Nicolas Mi-khailowitch. (D’apres une miniature de la collection du Grand-Duc Nicolas MikhailoAvitch.)