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94 Le comte MICHEL FEDOTOWITCH KAMENSKY, 1758 —1809, fils du general major Fedote Mikhailowitch Kamensky (1696 —1755) et d’Anne Alexeewna, nee Zybine, naquit le 8 mai 1758, Il fit ses etudes au Corps des Cadets, et en sortit en 1756 lieutenant a la Chancellerie des Batiments, d’ou il permuta dans l’artillerie. Volontaire de 1757 a 1759 dans l’armee francaise, il fut, a son retour en Russie, affecte a l’artillerie de Moscou. Il fit en 1761 la Guerre de Sept-Ans, et passa l’annee suivante dans l’infanterie. Envoye en 1765 a Breslau pour etudier le systeme d’instruction des troupes prussiennes, il s’y fit remarquer de Frederic II, et en rapporta une description du camp prussien qu’il presenta au Cesarewitch, et ou il se prononcait nettement en faveur du systeme prussien. Il n’etait que general major quand il deploya scs talents militaires a la premiere guerre de Turquie, ou il gagna Ste-Anne, St-Georges de 2® et de 5e classes, St-Alexandre Newsky et le grade de general lieutenant. En 1779, lors de la guerre de la succession de Baviere, il fut attache a l’armee prussienne, puis, de 1785 a 1785, administra les lieutenances de Riazan et de Tamboff. Il fit ensuite en 1788 la seconde campagne de Turquie, qui lui valut St-Yladimir de lre classe, mais, n’ayant obtenu, en raison de la malveillance de Potemkine, aucune nomination, il quitta l’armee; d’ailleurs Catherine II, elle aussi, trouvait qu’il n’etait bon a rien et l’appelait „un personnage le plus ennuyant du monde“. Il finit pourtant, en 1791, par rentrer en grace pres de Potemkine, qui ,,ne voulait pas etre accuse d’evincer une reputation acquise“, et a la mort duquel il prit le commandement en sa qualite de plus ancien general en chef: mais Kakhowsky faisait en meme temps valoir des droits fondes sur une note de Potemkine, et l’armee se trouva avoir deux commandants, dont les ordres se contrariaient. Catherine II, furieuse contre Kamensky, le rappela, et il passa dans la retraite les dernieres annees du regne. Paul Ier lui donna le commandement de la division de Finlande et le. cordon de St-Andre, le titre de feld-marechal et la dignite de comte, mais il retomba dans la disgrace vers la fin du regne. Nomme par Alexandre Ier commandant en chef a St-Petersbourg, il se fit destituer en 1802 par son caractere violent, cruel et intraitable. Il se retira dans ses terres, d’ou il ne sortit qu’en 1806 pour prendre le commandement de l’armee envoyee contre Napoleon: il avait pour lui l’opinion publique, comme Koutouzoff l’eut en 1812; Derjavine lui dedia une ode ou il l’appelait „Dernier glaive de Catherine, Acier trempe dans les combats“. Mais les esperances se trouverent decues: „Le dernier glaive de Catherine“, dit Wiegel, „reste trop longtemps au fourreau, etait quelque peu rouille“. Yieux et malade, sentant lui-meme son impuissance, il n’eut pas le courage de refuser net, mais, en presence du lamentable etat de l’armee, il perdit completement la tete, donna le signal de la retraite, remit le commandement au plus ancien, et, quelques jours apres son arrivee, quitta precipitamment l’armee. Il passa ses dernieres annees dans sa propriete des environs d’Orel, au bourg de Sabouroff, ou il fut tue le 12 aout 1809 par un petit serf cosaque, frere de sa maitresse; il fut inhume dans l’eglise du bourg. „Spirituel et exuberant petit homme“, comme dit Wiegel, brave, energique, resolu et maitre de lui-meme, Kamensky passait pour un bon tacticien, mais ne put se signaler que comme sous-ordre, sans initiative generale. Il brillait entre tous les generaux russes par son instruction et l’etendue de ses connaissances, surtout en mathematiques; amateur de litterature (ce fut lui qui publia la Douchenka de Bogdanowitch), il composa lui-meme des vers. Il avait un caractere intraitable: d’une mechancete et d’un emportement inouis, il traitait ses paysans et ses gens avec cruaute, et infligea meme un chatiment corporel a un de ses fils adulte et officier. Sans egards ni respect pour sa femme, il avait des maitresses sous ses yeux. Sa maison du Boulevard de Smolensk a Moscou (aujourd’hui l’Ecole d’Agriculture) etait un etonnant compose de luxe asiatique, de raffinement europeen et de laisser-aller russe. Le comte Kamensky eut de son mariage avec la princesse Anne Pavlowna Chtcherbatoff une fille Marie et deux fils, Serge et Nicolas; ses services valurent plus tard a son „pupille“, Pierre Mikhailowitch „Menkasky“, le nom de Kamensky. (D’apres une miniature appartenant au Grand-Duc Nicolas Mikhailowitch.)