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73 Le metropolite GABRIEL (Petroff), (1750—1801), naquit le 18 mai 1750 a Moscou, ou son pere etait pretre. Sorti de l’Academie de Moscou en 1755, et d’abord correcteur a l’imprimerie Synodale, il fut nomme en 1758 maitre de rhetorique au seminaire Troitzky; l'a, le 28 juin 1758, il entra dans la vie monastique, et devint recteur du seminaire et sous-prieur du monastere Troitzky. Recteur de l’Academie de Moscou le 8 aout 1761 avec la dignite d’archimandrite, il fut, le 6 decembre 1765, intronise eveque de Tver. Appele en 17 66 a Petersbourg, il fut en 1768 depute du clerge a la Commission du Nouveau Code, et membre du Synode le 27 septembre 1769; archeveque, le 22 septembre 1769, du diocese de Petersbourg, auquel il joignit, le 1er janvier 1775, celui de Novgorod, il fut eleve le 22 septembre 1785 a la dignite de metropolite. Il mit tous ses soins a la bonne organisation des ecoles ecclesiastiques et a la conversion des dissidents, reconstruisit le monastere Newsky et y inaugura solennellement le 50 aout 1790 la nouvelle cathedrale de la Sainte Trinite. Paul Ier lui donnait des marques de sa faveur, et lui confera, a lui le premier, les ordres de St-Alexandre Newsky et St-Andre; on peut bien penser qu’il lui proposa egalement la dignite de patriarche. Sur sa demande aussi, il supprima les chatiments corporels pour les ecclesiastiques, eleva le monastere Newsky au rang de laure et fit du seminaire Newsky une academie. Mais il fallait a Paul des hommes nouveaux, et le vieux metropolite, lie par tout son passe aux traditions du regne de Catherine, genait un favori, l’archeveque Ambroise Podobedoff. Le refus d’assister a un spectacle de la Cour fit deborder la coupe, et le lendemain, 16 octobre 1799, Gabriel etait renvoye a Novgorod. La derniere annee de sa vie se passa dans les infirmites, ,,de l’oppression jusqu’a perte de connaissance“ et ,,une douleur sourde“ dans les jambes, qui tourmentaient le metropolite dechu. Sans avoir pu recevoir l’autorisation de se retirer au monastere Simonoff, il fut, le 19 decembre 1800, destitue de son diocese; il mourut le 26 janvier 1801, et fut inhume a Novgorod, dans la cathedrale Ste-Sophie. Gabriel etait un homme bon et modeste, et un vrai ascete, Son ideal de jeunesse etait „d’avoir un petit morceau de pain et d’etre toujours attache a l’eglise“. Revant simplement „un emploi d’hostiaire“, il voulait sincerement „refuser le fardeau de l’episcopat“. Ses repas etaient le plus souvent de bouillie avec du pain grille et de gateaux aux pois qui faisaient surtout l’etonnement des luxueux prelats du temps. Il courait les lieux de retraite perdus, a la recherche d’ermites, a la conversation ou a la correspondance desquels il se delectait, recrutant parmi ces „simples“ des superieurs pour les monasteres compromis par les savants et „beaux esprits“ qui ne revaient que „bonne chere et societe“. Il reussit a relever Yalaam et Konevetz et a sauver de la disparition le monastere Simonoff. Possesseur d’une erudition variee, il fit de l’exegese biblique, de la philologie comme collaborateur du Dictionnaire de l’Academie, de l’hagiologie en revisant les Prologues, et, specialiste en matiere de liturgie, redigea et refondit le commun des offices. Ses nombreux merites en faisaient le chapelain le plus qualifie pour la Cour de Catherine. Doux et circonspect, il etait epouvante de voir Platon parler „trop ouvertement“, et brula toute sa correspondance, car, pretendait-il avec juste raison, „il y a bien des eventualites pour lesquelles il ne faut pas conserver de lettres“. Il etait soutenu par Potemkine, Elaguine, Panine et Teploff. Catherine elle-meme le trouvait „fin et raisonnable“, et ce qu’elle entendait par „sentiments raisonnables“, c’etait l’absence complete d’esprit d’opposition. Il n’est guere de prelat qui eut recu tant de marques de l’attention Imperiale, tantot la dedicace de la traduction du Belisaire de Marmontel, comme homme „semblable a Belisaire par ses pensees comme par ses vertus“, tantot l’exposition a l’eglise en son honneur d’un bas-relief le representant et portant une inscription ou Derjavine le comparait a Solomon; l’imperatrice lui conferait soit une panagie faite de sa propre etoile, soit une chape de sa propre pourpre. Sous Paul Ier, le vieux prelat, qui n’avait plus rien a perdre, se decida a s’enhardir tant soit peu: il refusa la croix de Malte, et declina une invitation a l’opera Enea nel Lozio. Incapable de demasquer les grands de ce monde, il ne recherchait pas non plus les profits materiels: „Je n’ai rien amasse“, disait-il, „je desire et attends le bonheur eternel“. (D’apres l’original d’Outkine, Academie Imperiale des Beaux-Arts.)