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71 Le metropolite EUGENE (Euthyme), 1765—1857, fils du pretre Alexis Andreewitch Bolkhovitinoif, naquit a Voroneje le 18 decembre 1765. Il entra a l’age de 9 ans, a la mort de son pere, au ch?ur de l’archeveche, commenca ses etudes en 1777 au seminaire de Yoroneje. et les continua a l’Academie de Moscou. A Moscou, il suivit aussi les cours de l’Universite, fut un habitue du cercle de Novikoff et recut les conseils de Bantych-Ramensky, De 1789 a 1799, il servit au seminaire de Yoroneje et fut ordonne pretre dans cette ville. Apres avoir perdu sa femme et ses trois enfants, il embrassa l’etat monastique le 9 mars 1800 au monastere d’Alexandre Newsky, et, le 11 mars, fut eleve a la dignite d’archimandrite et nomme prefet de l’Academie du monastere. Transfere en 1802 au monastere St-Serge, il fut, le 17 janvier 1804, intronise eveque de Staraia Roussa, vicaire de Novgorod, et passa, en 1808 a Yologda, en 1815 a Ralouga, et le 7 fevrier 1816 a PskoJT avec la dignite d’archeveque. Affecte, le 24 janvier 1822, au diocese de Kieff, il y fut eleve le 16 mars a la dignite de metropolite, et, appele au Synode a la fin de 1824, resta a Petersbourg jusqu’en 1827. Il mourut a Rieff le 25 fevrier 1857, et fut inhume a la cathedrale Ste-Sophie. Comme tout archeveque, Eugene officiait, s’occupait de son archeveche, recevait, donnait des diners de gala, visitait son diocese, et, le cas echeant, prononcait des sermons fort logiques, mais arides et denues de merite litteraire. Tout cela cependant n’etait a ses yeux qu’un accessoire, un obstacle, pour tout dire, a ses travaux preferes de caractere purement scientifique. Tous ces „soucis de service“, ces „receptions de parasites les jours de fete“, la „besogne de scribe du rapport annuel“, ne faisaient que retarder le moment desire ou, „entoure de ses livres et de ses papiers tout prets sous la main, il pourrait a tete reposee, en toute liberte“, s’adonner a la science. Son element, c’etaient les livres; il en achetait avec avidite, et on pouvait le voir, oubliant sa dignite d’archeveque, „en pleine poussiere, emballer sa bibliotheque dans des caisses“. „Pas de science“, disait-on de lui a bon droit, „qui lui fut etrangere“; mais son vrai domaine etait l’histoire et la litterature, religieuses et profanes. Ses dictionnaires des ecrivains ecclesiastiques et laiques conservent encore aujourd’hui leur valeur. La destinee le conduisit successivement dans des villes riches en antiquites, Novgorod, Vologda, Pskoff et Rieff, et partout il se mit activement a l’etude de l’histoire locale, relevant les antiquites, monasteres, cathedrales, depouillant les bibliotheques et archives des eglises, se faisant apporter des tombereaux d’actes anciens et de livres, „s’informant“ d’ordinaire, dans ses visites de dioceses, „des emplacements de villes, des fosses et remparts“, et faisant a Rieff les fouilles qui amenerent au jour les fondations de l’eglise Desiatinnaia. En outre, il entreprit egalement des travaux historiques d’ensemble: il composa, sans toutefois la publier, une Histoire ecclesiastique slavonne-russe, et c’est sous sa direction et avec son active collaboration que l’eveque Ambroise Ornatsky publia son Histoire de la Hierarchie Russe en plusieurs volumes. Comme savant, il etait modeste et bienveillant pour les autres, ne demandant qu’a „travailler pour le profit de tous“, et meprisait la critique „envieuse“ pour se rallier completement a la critique „eclairee“. Esprit rassis et logique, „caractere enjoue et railleur“, il n’avait aucun penchant a l’ascetisme. Il ne se fit moine que par calcul, pour s’assurer une carriere scientifique tranquille et a l’abri du besoin: trois jours apres sa prise d’habit, il plaisantait „les moines qui, tels des araignees, l’avaient a matines entortille de la soutane noire, de la mante et du bonnet“- Comme savant depassant de beaucoup la foule et conscient de sa superiorite, c’etait un aristocrate en son genre: il ne faisait pas grand etat des merites naturels de l’homme, cette „progeniture corrompue d’Adam“; il n’avait que de l’horreur pour le „libre examen“ des Francais et pour les hommes de la Revolution, qui „s’attendrirent d’abord sur les victimes de la Bastille, puis en firent eux-memes bien davantage“. Mais aussi il aimait sincerement le peuple: „Vos bruits d’emancipation“, ecrivait-il au bibliographe Anastassewitch, „plaise a Dieu qu’ils se realisent!“ Il etait en meme temps exempt de tout sentimentalisme: a l’occasion de reformes dans les prisons et asiles d’alienes, il fit observer judicieusement que „bien des savants auraient besoin d’assistance plus encore que les fous et les detenus“. (D’apres un original de l’Academie Imperiale des Sciences.]