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50 Lc comte ALEXANDRE ROMANO WITCH WORONTZOFF, 1741 — 1805, Iiis du comte Romain Ilariono-witch Worontzoff et de Marlhe Ivanoivna Sourmine, I'amie de l'Imperatrice Elisabeth, naquit le 4 septembre 1741. II perdit sa mere de bonne heure. et, delaisse par un pere dur, fut eleve chez son oncle le chancelier. Enrolc caporal au regiment Izmai'lowsky et promu en 1755 porte-enseigne, son oncle le fit entrer en 1758 a l'ecole mililaire aristocratique des Chevau-legers a Paris, ou il resta dix-huit mois. Sous-lieutenant en 1759, il fut nomme en 1761 charge d'affaires a Yicnne, et, a la fin de la meme annee, ambassadeur en Hollande. Pierre III, pres duquel il etait en faveur comme frere de sa favorite, le lit chambellan et l'envoya a. Londres. L'avfenement de Catherine n'eut rien d'agreable pour les Worontzoff: le comte resta au service, mais il n'eut jamais avec l'Imperatrice que des rapports tendus et froids. Reintegre en Ilollande en 1767, il quitla la carriere diplomatique 1'anne'e suivante. Apres cinq ans passes dans la vie privee, il devint en 1775 president du College de Commerce et membre de la Commission du commerce, oil il redigea le tarif douanier. Catherine le recompensa ge'ne'reusement: se'nateur en 1779, conseiller prive actuel en 1784. membre du Conseil en 1787. il recut en outre St-Alexandre Newsky en diamanls et St-Yladimir de lro classe. En depit de tous ces indices visibles de faveur, il donna sa de'mission en 1794, et Catherine ne la refusa pas: „J'ai toujours su", dit-clle, „et a plus forte raison maintenant, que ses talents ne sont pas pour mon service; on ne fait pas violence aux sentiments-je n'ai pas le droit de forcer son zfele". Ce ne fut qu'a l'avfenement d'Alexandre I6r que WorontzoiT revint aux affaires. Senateur le 28 avril 1801, il recut le 2 mai le cordon de St-Andre. et, le jour du couronnement. le rang de conseiller prive actuel de 1" classe. II se vit ensuite confier la gerance de toute 1'administration diplomatique, et, le 8 septembre 1802, fut fait chancelier. Mais, selon l'exprcssion du comte Zavadowskv, „la charrue allait mal avec son attelage d'un vieux bceuf et d'un jeune": le disaccord ne tarda pas a se faire senlir entre ,,un vieillard incapable de s'adapler a de nouvelles habitudes" et le „jeune parti" des intimes d'Alexandre. Le chancelier prcfera ,,ne pas s'associer aux erreurs et se retirer pour rcgarder a distance, appuye sur son baton". II recut en fevrier 1804 un conge pour une duree ,,a sa convenance", et alia se fixer dans son domaine d'Andreevvskoi'e, pres Vladimir, en conservant la direction nominale des affaires diplo-maliques. II mourut le 2 decembre 1805 et fut inhume dans l'eglise d'Andreewskoi'e. Le trait distinctif du caractere du comte Worontzoff etait la fermete: „ame forte", selon l'expression de Radichtcheff, il avait de l'opiniatrete au travail et le courage de ses opinions. ? etait doue d'une capacite de travail phe'nomenale: „II est insatiable de dossiers", disait Zavadowsky. Tout en n'aimant pas s'exposer sans necessite et en conseillant aux autres de „garder pour eux certaines de leurs opinions politiques", il etait sans crainte et sans complaisance quand il у allait, au nom de quelque principe, de ce qu'il jugeait utile a I'Etat ou precieux pour lui personnellement, C'est ainsi qu'il ne craignit pas le courroux de Paul et donna asile chez lui a son ami Lafcrmifere tombe en disgrace. II n'etait pas homme a servir de „mannequin ou de marionnette" aux mains des favoris du moment: son opposition causa a Potemkine bien des instants desagreables; Catherine elle-meme trouva souvent jen lui un critique severe. A la Cour, on l'appelait „ours" et on faisait des allusions a sa maniere de travailler ,,a ses petits profits", tout comme son pere, le fameux Romain Grande Poche. N'ayant recu qu'une instruction a la francaise, un peu etroite, le comte Worontzoff la completa par des lectures serieuses. mais ecrivit beaucoup mieux toute sa vie le francais que le russe. Quelque peu porte aux tendances liberales, il fut en correspondance avec Voltaire et d'Alembert, protegea Radichtcheff, mais se montra ennemi acharne de la Revolution et detestait les Jacobins. Intraitable, pesant et methodique, le comte Worontzoff, coeur morose et sec, etait capable a l'occasion de tendresse familiale et d'amitie. II ne fut pas marie. (D'aprfes un original de Schmidt, 1784, appartenant a la comtesse E. Worontzoff-Dachkoff, Andreewskoi'e, gouvernement de Vladimir.)